Pour une fois, nous ne parlerons pas ici d’un jeune joueur prometteur de Ligue 2. Mais de Nassim Akrour, l’attaquant d’istres. A trente-huit ans, il est le plus vieux joueur de champ dans le paysage professionnel français. « C’est mérité de s’arrêter sur Nassim, estime Francis Collado, le président du club provençal. C’est un mec bien, un exemple pour tous les jeunes de l’équipe. C’est leur guide. Je suis content de l’avoir. C’est un gentleman. »
Quand on évoque avec lui sa longue carrière, ses joies mais aussi ses regrets, Akrour ne cite qu’un mauvais souvenir, une cicatrice toujours pas refermée : « Il s’agit de mon départ de Grenoble en mai 2010. On termine 20ème de L 1, on descend. C’est le début des ennuis pour un club où je me sentais tellement bien. » Sa voix est posée, le débit de ses mots est lent. « Il est très mature, calme, reconnaît son coéquipier Nicolas De Préville. Mais… » Le jeune attaquant (21 ans) rigole : « il a trente-huit ans, mais dans les vestiaires, il sait encore être particulièrement jeune. Ce qu’il fait m’impressionne. Je m’imagine parfois à trente-huit ans, et je pense que je ne serai pas capable de l’imiter. Il est professionnel à l’entraînement, lors des matches, et en dehors, son hygiène de vie doit être parfaite. » L’ancien international algérien (18 sélections, 8 buts), passé notemment par Troyes(2002-2004), Le Havre(juillet 2004-janvier 2005), et Grenoble( janvier 2005-mai 2010) avant de revenir à Istres où il avait déjà évolué deux saisons (2000-2002) sait qu’il doit être vigilant. « Je m’autorise quand même quelques excès, mais je fais effectivement très attention, confirme l’intéressé. Ce n’est pas compliqué car je l’ai toujours fait. » José Pasqualetti, son entraîneur, raconte les joggings effectués en forêt : « Nassim est toujours devant, plutôt facile. On dirait un kényan. Il possède l’une des meilleures VMA (vitesse maximale d’aérobie) de l’effectif. C’est un athlète complet. »
Durant les matches, Akrour ne se ménage pas. Le capitaine d’Istres ne craint ni les contacts, ni les affrontements directs avec ses adversaires. « Ah oui, ça, les duels, il adore. » acquiesce De Préville. Avant de pointer son manque « de réussite en début de saison. » Les départs de Julian Palmieri (Bastia) et de Riad Nouri (Le Havre, L2), ses principaux passeurs, l’ont en effet perturbé.
L’attaquant axial avait perdu ses repères. Mais depuis quelques semaines, il va mieux. Pour preuve, il a marqué trois buts lors des six dernières rencontres. D’ailleurs, si Pasqualetti lui a offert un nouveau contrat d’un an en juin, ce n’est pas uniquement parce que Akrour est un modèle pour ses jeunes coéquipiers. « C’est surtout un buteur régulier capable de mettre ses dix buts par saison. Ce n’est pas facile d’en trouver analyse son entraîneur. Quand on se déplace et que je me plonge dans la presse locale, je lis souvent dans les articles que la principale arme offensive, c’est Nassim. » Et en particulier son jeu de tête, très précis. La remarque fait sourire l’intéressé : « Tout est une question de timing. Je ne travaille pas ça particulièrement à l’entraînement. » Malgré le poids des années, il saute toujours haut et se voit encor sauter longtemps. « Nassim ne joue pas parce qu’il a besoin d’argent, assure son président. C’est un passionné. » « J’ai encore envie de jouer, conclut l’attaquant. Et si l’été prochain, (le 10 juillet, il aura 39 ans), c’est toujours le cas, et que l’entraîneur pense que je suis encore capable d’apporter quelque chose, je me vois bien continuer. » S’il atteint une nouvelle fois la barre des dix buts, Istres aura du mal à lui dire non.
[Article de Guillaume Dufy. Publié dans l'Equipe 21 Décembre 2012 ]